Edale, Derbyshire. Ce matin, dimanche 11 janvier 2026, 8h00. Alors que le reste de l’Angleterre s’éveille doucement sous une brume givrée, une poignée d’âmes courageuses (ou totalement inconscientes) s’est élancée depuis le petit village d’Edale. Devant eux ? Le Pennine Way. Mais pas celui des randonneurs de l’été. Un serpent de 430 kilomètres (268 miles) et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif, figé par l’hiver, balayé par les vents arctiques et noyé dans l’obscurité quasi totale.
La Winter Spine Race vient de débuter. On l’appelle « Britain’s Most Brutal ». Ce n’est pas un slogan marketing. C’est une promesse de souffrance.
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Plus qu’une course, un voyage au bout de soi
La Spine Race ne se court pas uniquement avec les jambes. Elle se gagne avec les tripes et se termine avec le cœur. Imaginez marcher ou courir pendant 4, 5, 6 jours, avec pour seuls compagnons votre lampe frontale, le sifflement du vent sur les sommets de Cross Fell et vos propres démons.
« La Spine Race est toujours une sacrée aventure. Un chemin mythique, l’enfer de l’hiver, une communauté incroyable et l’excitation de la compétition avec les autres » – Damian Hall
Ici, la privation de sommeil n’est pas une option, c’est une règle. Les coureurs parlent souvent des « hallucinations de la Spine » : des murs de pierre qui se transforment en visages, des arbres qui semblent vouloir vous attraper. C’est ce moment de bascule où l’esprit lâche prise, où la frontière entre le réel et le cauchemar s’efface.

« La Spine fera ce qu’elle veut de vous. Elle est aux commandes. Restez éveillé, laissez-la évoluer et prenez soin de vous. » — Jack Scott, recordman de l’épreuve.
Les géants qui ont dompté le vent
Pour comprendre l’aura de cette course, il faut regarder ceux qui l’ont marquée à jamais.
L’onde de choc Jasmine Paris (2019)
On ne peut pas parler de la Spine sans évoquer Jasmine Paris. En 2019, elle n’a pas seulement gagné la course féminine ; elle a remporté le classement général, pulvérisant le record masculin de 12 heures. L’image restera gravée : Jasmine, arrivant aux ravitaillements pour tirer son lait pour son bébé, avant de repartir dans la tempête. Elle a prouvé au monde que les barrières que nous nous fixons sont souvent imaginaires.
Jack Scott : La vitesse pure (2024)
L’an dernier, Jack Scott a redéfini les limites de l’impossible. En bouclant le parcours en 72h 55min, il a effacé le record de Jasmine Paris de plus de 10 heures. Sa stratégie ? Moins d’une heure de sommeil sur l’intégralité des 430 km. Une performance qui relève de la science-fiction.

Claire Bannwarth : La force tranquille
Côté français, notre « Lapine Duracell », Claire Bannwarth, est devenue une légende vivante de l’épreuve. Double tenante du titre (2023, 2024), Claire court avec une régularité et un sourire qui semblent défier les lois de la fatigue. Elle incarne cette résilience brute, capable d’enchaîner les kilomètres comme si le froid n’était qu’un détail.
Pourquoi nous les regardons ?
Pourquoi restons-nous les yeux rivés sur les « petits points » du GPS (le fameux dot-watching) pendant des nuits entières ?
Parce que la Spine Race nous rappelle notre propre humanité. On y voit des athlètes d’élite s’effondrer en larmes dans les bras des bénévoles — la « Spine Family » — dans une étable isolée. On y voit des inconnu.e.s s’entraider pour passer un col alors que la tempête fait rage. C’est une leçon d’humilité.
L’édition 2026 : Les forces en présence
Cette année, le plateau est royal. On guette l’infatigable John Kelly, Le tenant du titre et du record Jack Scott et bien sûr de nos Français avec notamment Sébastien Raichon qui sont sur la ligne de départ. Les conditions s’annoncent dantesques : on annonce des températures chutant jusqu’à -15°C sur les crêtes cette nuit.
Alors, si vous avez un peu de chaleur chez vous ce soir, ayez une pensée pour ces 155 âmes éparpillées sur les collines du Peak District. Ils ne cherchent pas de médailles en or, juste ce mur légendaire du Border Hotel à Kirk Yetholm, qu’ils devront toucher pour mettre fin au calvaire.






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