Dans l’univers de l’ultramarathon, il est souvent dit que l’effort est solitaire, que chaque pas, chaque montée, chaque descente, appartient au coureur ou à la coureuse. Pourtant, derrière cette image héroïque, peut-être image d’Epinal, une vérité méconnue persiste : on ne court pas un ultra seul.e.

Une discipline collective

L’ultratrail, bien que centré sur un.e athlète, est en réalité un sport d’équipe. Pour chaque coureur ou coureuse qui franchit la ligne d’arrivée, il y a souvent une équipe de personnes en coulisses qui a joué un rôle crucial. Ces proches – ami.e.s, famille, coéquipiers.ères – présent.e.s aux ravitaillements, anticipent les besoins, offrent des encouragements, et parfois, prodiguent les mots qui permettent de continuer. Ce sont elles et eux qui sont aussi présent.e.s et conciliant.e.s lors de ces heures d’entraînement qui n’en finissent pas. Le fameux volume pour venir à bout d’un ultra vous prend du temps mais leur en prend également. Définitivement, on ne court pas un ultra seul.e.

Chaque athlètes qui ont témoigné dans Carnet de trail nous en ont parlé, les proches sont une source de motivation inépuisable. Comme Manon Bohard lors de sa victoire sur la Diagonale 2024 qui nous raconte ce ravitaillement où son mari assiste impuissant à sa descente en enfer, mais aussi ces mots qui font mouche pour continuer à pousser et finalement s’imposer.

Ils savaient me donner les infos dont j’avais besoin , me canaliser et me relancer dans mon plan de course car j’avais tendance à me déconcentrer”

Manon Bohard

Manon Bohard lors de la Diagonale des fous 2024

Le film “Inside the World of Ultra Running Crews” produit par Adidas Terrex illustre parfaitement ce phénomène. En suivant cinq athlètes lors des courses mythiques du UTMB 2024, on découvre un pan souvent invisible de la discipline : le travail, le stress, et la dévotion des équipes qui soutiennent ces coureurs d’élite.

Des ravitaillements façon “Formule 1”

Qu’il s’agisse de Toni McCann, Eric LiPuma, Abby Hall, Emily Hawgood ou Pablo Villa, les attentes sont les mêmes : des transitions éclair aux ravitaillements. À la manière d’un arrêt aux stands en Formule 1, chaque seconde compte. Les accompagnateurs.trices s’activent pour remplir les bouteilles, préparer les snacks, changer les chaussettes… et tout cela sous pression.

Cette organisation méticuleuse révèle l’aspect exigeant du rôle de crew. Comme le souligne Holly Page dans le film : “Si vous vous trompez, vous ruinez la course de quelqu’un d’autre.” Une phrase qui résume l’ampleur de la responsabilité que ces proches portent.

Ravitaillement de François d’Haene lors de l’UTMB / Photo Jordi Saragossa

Gérer l’émotion et le mental

Mais au-delà des aspects logistiques, le rôle de l’équipe est profondément émotionnel. À mi-course, alors que la fatigue s’installe et que les doutes émergent, tout se joue dans les mots. Paul Lind, coach et crew d’Emily Hawgood, explique : “Ce que vous dites au mile 50 est crucial… quels sont les bons mots à utiliser ? Que faut-il éviter de dire ?

L’exemple d’Abby Hall, soutenue par son mari Cordis, est particulièrement poignant. En pleine course, épuisée, elle veut abandonner. Cordis, grâce à sa connaissance intime de sa femme et de ce sport, trouve les mots pour raviver sa flamme. Ce moment bouleversant, où Abby reprend la course avec une détermination renouvelée, illustre pourquoi ce sport dépasse la simple performance physique : c’est une aventure humaine, partagée.

Cette aventure humaine c’est ce que Anne-Lise Rousset a voulu montrer dans son documentaire « Ce qui compte« . Un hommage à cette équipe qui l’a suivi dans son ambitieux projet du meilleur temps féminin sur le GR20.

Prendre soin de l’équipe

Le film rappelle aussi une réalité essentielle : les accompagnateurs.trices doivent veiller sur eux-mêmes. Conduire toute la nuit vers des points de passage isolés, veiller tard pour attendre le coureur, tout cela épuise. Comme le dit Bastien Perez, membre de l’équipe de Toni McCann : “Vous êtes inutiles à l’athlète si vous êtes épuisé.e et affamé.e.”

Prendre soin de soi pour mieux prendre soin de l’autre : c’est une règle d’or pour ces héros de l’ombre.

Une victoire collective

Dans tous les cas, l’ultratrail n’est donc pas qu’une question de kilomètres et de chronomètres. Chaque pas du coureur ou de la coureuse est aussi celui de son équipe et de ses proches au bord de la route. Leurs efforts, leurs sacrifices, leurs nuits blanches et leurs encouragements sont autant de fils tissés dans l’étoffe de la réussite.

Qu’il s’agisse d’athlète d’élite visant la victoire ou d’amateur.rice luttant contre les barrières horaires, franchir la ligne d’arrivée est toujours une victoire collective. Parce que plus que jamais, on ne court jamais un ultra seul.e.

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