La Diagonale des fous, c’est l’une des courses de trail les plus mythiques et exigeantes au monde, celle dont on a envie de découvrir les sentiers et l’ambiance, celle pour certain.e.s dont on a envie de marquer l’histoire en inscrivant son nom au palmarès. En proie aux doutes et aux blessures Manon Bohard s’est imposée avec la manière pour sa première participation à la Diag, retour sur l’année d’une athlète talentueuse qui a su surmonter les difficultés pour remporter cette épreuve légendaire.
Un parcours semé d’embûches
Depuis son abandon sur blessure lors de l’UTMB 2023, Manon Bohard a connu une période de frustration. Malgré des entraînements prometteurs et des séances qui montraient une progression et malgré des résultats intéressants avec notamment une belle deuxième place en juin 2024 sur le Swiss Canyon Trail 110, la frustration était de mise du côté de Manon Bohard. « Je ne peux pas dire que depuis mon abandon sur blessure à l’UTMB l’an dernier, je sois satisfaite de mes résultats. C’est frustrant car les entraînements et séances montrent une progression constante mais les compétitions ne reflètent pas cela. C’est ainsi et je suis encore dans l’analyse et la compréhension de cela » confie-t-elle.

Quelques semaines après un UTMB 2024 terminé à la 20ème position côté féminin l’idée de repartir sur une Diag peut sembler audacieuse.
C’était osé de croire qu’à 7 semaines d’un UTMB on peut se retrouver complètement remise et en pleine possession de ses moyens.
Comment se relancer dans une préparation avec une désillusion sportive sur son objectif principal de la saison, c’est la question qui traverse nécessaire chaque sportif. Comment rebondir, comment relancer la machine.
Étonnement, et je pense que c’est aussi le fait que l’UTMB se solve sur une déception ou en tout cas une désillusion côté ambitions sportives – mais pas sur un abandon ce qui est bien différent – j’ai bien réussi à passer à autre chose et switcher/me concentrer sur ma rémission post UTMB en vue de la Diag. Loin de là l’idée de démarrer une prépa spécifique avec un temps court de sept semaines entre les deux objectifs, l’UTMB restant cette année mon plus gros objectif, il m’aura fallu tout de même trois bonnes semaines voire un mois pour reprendre une structure et des entraînements dignes de ce nom. Mais j’ai repris avec une énorme envie de découvrir la Diag et de remettre à nouveau un dossard sur un ultra et surtout de chercher le dépassement…
Une course de cœur
La Diagonale des fous n’était donc pas l’objectif principal de Manon cette année, mais c’était une course qui lui tenait particulièrement à cœur. « Cette année c’était aussi un petit jeu avec mon père qui courait son dernier UTMB et sa dernière Diag de partager ces mêmes lignes de départ… un privilège.«
J’avais aussi envie de bien faire sans « gommer » mon année 2024 mais dans l’idée de me prouver que j’étais capable et que mes choix de début d’année étaient les bons.
Une course de cœur donc, mais pas que. Au cœur d’une année difficile, l’idée derrière cette Diagonale des fous était d’aller chercher le dépassement, l’idée d’aller une nouvelle fois se prouver qu’on est capable de meilleur.
J’ai pris le départ de cette Diag avec une grosse envie. Cela faisait plusieurs jours que je me limitais à des petits footings et beaucoup de repos avec la frustration qui va bien. Avec en tête tout de même la prudence et la méfiance face à mes incertitudes de mon état physique mais j’avais une excitation très importante qui me change de mes schémas d’avant course ou le stress et le manque de confiance prennent encore pas mal de place. Je prends donc le départ avec l’essentiel : une énorme motivation et envie de découverte et d’aventure; avec mon père à mes côtés et un corps que j’aurais écouté et accompagné au max pour être dans les meilleures dispositions au départ ! J’avais aussi envie de bien faire sans « gommer » mon année 2024 mais dans l’idée de me prouver que j’étais capable et que mes choix de début d’année étaient les bons.
Coup dur et une remontée miraculeuse
Dès le départ Manon a pris les devants, « je me savais en tête dès le début ce qui n’est pas toujours le cas. J’assumais complètement car le rythme était le mien, je savais le chemin long et la course difficile mais je souhaitais avant tout faire ma course, dans ma bulle, mon monde » raconte-t-elle. Cependant, des crampes et des maux de ventre ont commencé à se manifester dès le premier ravitaillement, et sa douleur au mollet (post-déchirure de l’UTMB) s’est réveillée bien trop tôt au 30ème kilomètre.
Je n’étais vraiment pas confiante mais comme par miracle, souvent dans l’ultra, tout s’est amélioré petit à petit

En dehors de cette douleur réveillée trop tôt les coups durs ce sont accumulés. Au ravitaillement de Mare à Boue, après un peu plus de 50km seulement, elle a tout simplement renvoyé le ravitaillement qu’elle venait de faire. Un moment difficile et de solitude, un moment qui peut faire basculer un ultra, qu’importe la place. « J’ai vomi tout le ravitaillement que je venais de faire, devant mon mari impuissant qui n’allait pas me revoir avant 8h du mat, puis dans la foulée il y a eu la montée à Kervegen avec la douleur qui se faisait bien sentir. Je n’étais vraiment pas confiante mais comme par miracle, souvent dans l’ultra, tout s’est amélioré petit à petit et dans la descente sur Cilaos je sentais que je pouvais à nouveau m’alimenter et que la douleur serait gérable pour un moment, » raconte-t-elle, « Ensuite je repars avec hâte d’attaquer les belles portions dans Mafate et me régale dans cette partie où je reprends beaucoup de temps et de places au scratch« .
On ne court pas un ultra seule
Nous le savons toutes et tous, on ne court pas un ultra seul.e. La famille, les proches sur le bord des sentiers et au ravitaillement sont une source incommensurable d’énergie et de réconfort. La Diagonale de Manon Bohard ne fait pas exception.
« Ma famille avec mon mari et ma mère rejoint par mon père après son abandon au km 33, m’ont suivi avec patience et enthousiasme tout au long de la course et ça a été des éléments clefs pour passer step by step les étapes notamment en fin de course où les conditions avaient rendu le terrain glissant et difficile et où les parties techniques avec la fatigue rendaient cela interminable. Ils savaient me donner les infos dont j’avais besoin , me canaliser et me relancer dans mon plan de course car j’avais tendance à me déconcentrer » explique-t-elle.
« La fin de course je l’ai partagée avec Erik Clavery que j ai retrouvé au 140ème km et cela a été une alliance précieuse pour se soutenir et passer les dernières difficultés » se souvient Manon.

Une victoire méritée
Malgré les difficultés et les doutes, Manon Bohard a su s’imposer sur cette course si particulière.
Pour être assez franche, je ne peux pas dire que j’ai couru à mon niveau car tout simplement limitée par pépins physiques et blessures réapparues précocement. Ce qui est certain par contre, c’est que j’avais une belle forme et super état d’esprit et un niveau d’envie qui m’a fait passer les coups durs et débuts de cours houleux. Je termine à la première place mais cela reste le papier…je n’étais pas dans mes meilleures dispositions et j’ai du bien gérer tout au long et être intelligente sur la dernière partie pour ne pas prendre de risque pour conserver mon avance et ma première place. Je suis capable de mieux c’est certain mais c’est ça aussi que j’aime dans l’ultra, rien ne se passe jamais comme prévu et on ne eut pas compter que sur notre physique. Mon équipe et moi n’étions pas en confiance passé la mi-course et la Diag , je pense plus que n’importe qu’elle autre course, nécessite de la prudence et de l’humilité face aux éléments pour ne pas payer un état d’euphorie de quelques minutes, plusieurs heures derrières.
Mais je reviendrais pour faire mieux, sportivement parlant, le classement c’est la cerise. Je savoure surtout une fin de saison avec un sentiment d’accomplissement avec le repos et du temps pour d’autres occupations actuellement, en attendant de planifier de beaux projets encore pour l’année à venir en tirant les leçons de l’année écoulée.
Cette victoire est le fruit de sa détermination et de son courage, elle prouve une fois de plus que dans le monde de l’ultra-trail, rien n’est jamais acquis et que chaque course est une nouvelle aventure. Manon Bohard a su transformer ses doutes et ses difficultés en une victoire inattendue, sa victoire à la Diagonale est une grande victoire, celles qu’on aime dans ce monde fou de l’ultra !






Laisser un commentaire