Kilian Jornet, l’un des traileurs les plus accomplis de notre époque nous prouve une nouvelle fois que pour exprimer son talent il n’a pas besoin de chemin, il sait tracer le sien, y compris dans les hautes cimes. Après son aventure sur les 177 sommets de 3000m des Pyrénées il a lui-même annoncé avoir appris et compris à quel point il pouvait pousser son corps et son esprit et qu’il pouvait pousser plus loin encore. C’est chose faite aujourd’hui.

Ce projet, baptisé « Alpine Connections », témoigne de sa détermination, de son endurance et de sa capacité à repousser les limites humaines.

Un départ en catimini pour une aventure au sommet

Le projet nous a été présenté au lendemain de sa victoire et de son nouveau record sur la Sierre-Zinal. Battre ses concurrents sur un sprint et enchaîner sur un effort des plus long. Du Jornet tout craché.

L’aventure a commencé avec l’ascension du Piz Bernina (4048m), le sommet le plus oriental des Alpes, puis, sommet après sommet, il les a enchaîné sans moyens de locomotion motorisés, à pied ou à vélo uniquement.

A la différence de son projet dans les Pyrénées, Kilian a choisi de nous faire vivre quasi au jour le jour son aventure. S’il était impossible à attraper, il nous a tenu en haleine durant ces semaines à suivre sa trace.

Un engagement hors norme

C’est Jules-Henri Gabioud, cinq PTL à son actif dont trois remportées, qui le dit « ce projet nous montre la force de Kilian. Sa force mais aussi sa marge pour pouvoir évoluer sur des sommets à 4000m fatigué mais concentré« .

Au cours de son aventure Alpine Connections, Kilian Jornet a dû faire face à un déficit de sommeil particulier. Avec cinq heures de sommeil en moyenne le manque de lucidité est un élément clef de l’aventure. La progression dans un état second, inévitable dans ce genre de projet, a ajouté une couche supplémentaire de difficulté.

Au-delà du simple aspect de fatigue, la dénutrition a pu également pousser l’athlète dans ses retranchements. Ces différents aspects ont évidemment fait l’objet d’un enregistrement par le geek des données biologiques.

Le geek biologique

Alpine Connections ne se limite pas à un exploit sportif ; elle revêt également une dimension médicale et scientifique importante. Tout au long de son parcours, Kilian a collecté des données précieuses sur ses performances physiques et mentales dans les conditions extrêmes qu’il a pu rencontrer. Ces données incluent des mesures de fréquence cardiaque, de consommation d’oxygène, de niveaux de fatigue et de récupération, ainsi que des analyses de la qualité du sommeil. Ces informations sont inestimables pour la recherche médicale, permettant aux scientifiques d’étudier les effets de l’altitude, de la fatigue prolongée et du manque de sommeil sur le corps humain. Les résultats de ces études pourraient non seulement aider à améliorer les performances des athlètes d’endurance, mais aussi contribuer à une meilleure compréhension des limites physiologiques et psychologiques de l’être humain.

Ses compagnons de cordée

Si le projet Alpine Connections est un projet personnel, la rechercher d’une quête qui pousse vers une introspection profonde, Kilian a su s’entourer de compagnons d’aventure de premiers plans qui ont joué, à n’en pas douter, un rôle crucial. Parmi eux, Mathéo Jacquemoud a été un compagnon régulier, partageant de nombreuses ascensions et moments mémorables. Mathéo est un guide de haute montagne et ami de Kilian depuis des années. Ils ont partagé de nombreuses aventures ensemble et leur complicité sur celle-ci illustre l’amitié profonde entre les deux alpinistes. Vivian Bruchez, un ami de longue date, avec lequel Kilian a également partagé plusieurs expéditions notamment dans l’Everest et skié certains des couloirs emblématiques des montagnes traversées dans ce projet. Henri Aymonod, traileur, et Emily Harrop, championne du monde de ski-alpinisme, ont rejoint Kilian pour certaines étapes, apportant leur expertise et leur soutien. Le grand Michel Lanne, autant traileur qu’alpiniste et un ancien compagnon de ski-alpinisme, a également participé à certaines ascensions. Bastien Lardat et Genis Zapater ont également été des compagnons précieux, partageant des moments clés de l’aventure. Le talentueux créateur d’image Noa Barrau a accompagné Kilian sur l’arête du Diable, l’une des escalades rocheuses les plus techniques et esthétiques de son parcours. Enfin, Benjamin Védrine, un des alpinistes les plus talentueux de sa génération dans son massif, celui des Ecrins.

Des images en guise de plaidoyer

Fidèle à ses convictions l’aventure porte également un message écologique puissant d’une part du fait de son souhait de n’emprunter aucun moyen de locomotion motorisé (même si une équipe le suivait en van) et d’autre part par son plaidoyer pour la protection de cette nature fragile qu’il a su, via son équipe de photographes et vidéastes mettre en lumière.

À travers les images époustouflantes des sommets et des paysages alpins qu’il partage, Kilian met en lumière la beauté et la fragilité de ces environnements naturels. Chaque photographie est un plaidoyer visuel pour la préservation des montagnes et des écosystèmes alpins. En montrant la splendeur des glaciers, des forêts et des sommets enneigés, il sensibilise le public à l’importance de protéger ces milieux contre les menaces du changement climatique et de la pollution. Son aventure devient ainsi un appel à l’action, incitant chacun à réfléchir à son impact sur l’environnement et à sa consommation de la nature, sujet hautement important dans le monde du trail.

Gravir 82 sommets

Après la liaison à vélo depuis son premier sommet, Kilian est arrivé dans l’Oberland bernois pour la prochaine partie du projet. La journée a commencé un peu plus tard que prévu en raison du mauvais temps. Malgré les conditions difficiles, il a réussi à traverser six sommets de plus de 4000 mètres, dont le Lauteraarhorn (4042m), le Schreckhorn (4078m) et le Finsteraarhorn (4274m), le plus haut sommet de la région des Alpes bernoises. Cette étape a duré 32 heures et 30 minutes, couvrant 99 kilomètres avec 7890 mètres de dénivelé. Kilian a ensuite gravi des sommets emblématiques tels que le Matterhorn (4478m), la Dent d’Hérens (4173m) et la Dent Blanche (4358m).

Il a également traversé des sommets moins connus mais tout aussi impressionnants, comme le Lagginhorn (4010m) et le Weissmies (4017m). Chaque ascension a été marquée par des conditions techniques et des paysages époustouflants, mettant en lumière la beauté et la grandeur des montagnes. Puis l’exploration du Valais vint la traversée du Grand Combins dernière étape suisse avant de rejoindre la France et l’Italie avec les Grandes Jorasses.

Je suis parti à minuit de notre camping à Courmayeur, me sentant en forme et reposé, pour commencer l’ascension des Grandes Jorasses avec une équipe formidable : Matheo Jacquemoud, Michel Lanne et Bastien Lardat. Même si c’était le milieu de la nuit, tout le monde était super heureux d’être là et de commencer la journée en bonne compagnie ! Ils connaissent tous bien la région et j’étais content de les avoir pour les ascensions plus techniques de la journée, car les conditions peuvent devenir un peu délicates dans cette partie des Alpes. Nous avons atteint le sommet de l’arête des Grandes Jorasses (Pointe Walker, Pointe Whymper, Pointe Croz, Pointe Elena, Pointe Margherita), puis le Dôme de Rochefort, l’Aiguille de Rochefort et enfin la Dent du Géant, avant de faire une pause au Rifugio Torino. Après cela, j’ai quitté l’équipe pour continuer seul jusqu’au Refuge du Couvercle, où je suis arrivé 18h22 plus tard après avoir commencé l’ascension.

Ensuite il y eu le massif du Mont Blanc, le Grand Paradis puis, cerise sur le gateau, les Ecrins.

Des étapes emblématiques

Si on dit qu’on devient alpiniste lorsqu’on a gravi « la Verte », Kilian l’est redevenu une nouvelle fois. C’est peut-être l’une des étapes les plus mémorables avec une ascension de l’Aiguille Verte (4122m), ainsi que la Grande Rocheuse (4101m), l’Aiguille du Jardin (4020m) et Les Droites (4000m) dans une même étape. Partant à 4h du matin du Refuge du Couvercle, Kilian a gravi ces sommets en une poussée de 17 heures pour 24 kilomètres et 3470 mètres de dénivelé dans une ascension très technique.

Et comment ne pas parler de cette journée au 18 sommets !

Après trois heures de repos au refuge du Mont Rose, je suis parti en solitaire à 7 heures du matin pour un grand jour dans ce projet avec 18 sommets de 4000m à grimper en une seule journée

Kilian Jornet

Cette traversée, connue sous le nom de Spaghetti Tour, a conduit Kilian à travers le Nordend, le Dufourspitze, le Zumsteinspitze, la Signalkuppe, la Pointe Parrot, la Ludswighöhe, le Corno Nero, la Pyramide Vincent, la Punta Giordani, le Lyskamm E, le Lyskamm W, le Castor, le Pollux, la Roccia Nera, le Breithorn (pointe 4106), le Breithorn oriental, le Breithorn central et enfin le Breithorn occidental.

Un exploit inqualifiable

En gravissant les 82 sommets de plus de 4000 mètres des Alpes en un temps record, Kilian Jornet a une nouvelle fois repoussé les limites de l’endurance humaine. Si vous pensiez apercevoir les frontières du possible, elles viennent de s’effacer sur son chemin.

Kilian Jornet continue de nous surprendre et de nous inspirer, touchant du bout des doigts les limites tant psychologiques que physiologiques de l’homme. Son exploit restera gravé dans les annales de l’alpinisme et de l’endurance, rappelant à tous que les défis les plus ardus peuvent être surmontés avec passion, courage (et une préparation méticuleuse).

4 réponses à « Alpine Connections, l’exploit signé Kilian Jornet. »

  1. C’est juste hallucinant ce qu’il est capable de faire…. rien qu’à lire cet article on en est épuisés !

    J’aime

  2. […] Alpine Connections, l’exploit signé Kilian Jornet. […]

    J’aime

  3. […] avoir exploré l’essence des Alpes avec Alpine Connections en 2024, et s’être immergé dans l’âpreté sauvage des Pyrénées lors de Pyrenees 300 en […]

    J’aime

  4. […] avoir exploré l’essence des Alpes avec Alpine Connections en 2024, et s’être immergé dans l’âpreté sauvage des Pyrénées lors de Pyrenees 300 en […]

    J’aime

Répondre à Kilian Jornet dévoile « States of Elevation », son odyssée américaine – Carnet de trail Annuler la réponse.

Tendances