Le trail et la course d’orientation (CO) sont deux sports de pleine nature qui partagent des similitudes, mais qui présentent également des différences notables. Nous avons interrogé trois sportifs, Romain Discher, Maxime Gauduin et Frédéric Tranchand, pour recueillir leur avis sur ces disciplines.

Nos trois athlètes témoins :

En tant que traileur, Frédéric Tranchand s’est particulièrement illustré sur des formats courts et brutaux, en témoigne ses succès sur le circuit skyrunning. En tant qu’orienteur il s’est largement illustré en course d’orientation, avec un palmarès énorme sur le circuit CO.

Maxime Gauduin est lui aussi autant un trail qu’un orienteur de renom ; autant champion de France de CO en 2022 que funrunner de la Barkley 2024

Participation aux mondiaux juniors en 2022, vice-champion de France en 2023, l’orienteur Romain Discher et aussi adepte du trail avec un remarquée 2ème place sur le 20K de la SaintéLyon et une 3ème place (derrière un certain F. Tranchand) aux championnats de France de course en montagne synonymes de qualifications pour l’Europe.

Pour Frédéric Tranchand malgré des points communs dont l’environnement similaires et un effort d’endurance pouvant être semblables les deux disciplines sont assez différentes. « En course d’orientation, les athlètes courent contre la montre et choisissent leur propre itinéraire entre les balises, qui sont des points de passage obligatoires à valider dans un ordre précis. La planification de l’itinéraire et la navigation entre ces balises sont tellement prépondérantes en course d’orientation que l’on pourrait considérer ces sports totalement distincts. Les formats de course d’orientation sont souvent plus courts qu’en trail, avec des épreuves de sprint d’environ 15 minutes, des moyennes distances de 35 à 40 minutes et des longues distances d’environ 1h30 à 1h40. La course d’orientation se déroule généralement sur un terrain pas trop pentu et hors sentiers, ce qui ajoute un défi supplémentaire à la navigation. »

Selon Romain Discher, la différence majeure réside dans le fait que la CO offre plus de libertés et de possibilités, car le coureur est seul maître de ses choix durant la course, tandis que le trail propose un itinéraire prédéfini. « En CO il faut construire son propre itinéraire afin de pouvoir rallier le plus rapidement les balises entre elles. Finalement, c’est assez ludique et fait appelle à notre sens de la réflexion tout en alliant rapidité d’exécution et rapidité de course à pied contrairement au trail où l’on connais déjà par avance l’itinéraire qui va être emprunté. On peut même déjà se rendre sur place pour reconnaître le parcours avant le jour de la compétition si cela nous chante. » Toutefois, les qualités nécessaires de course à pied sont très proches pour les distances allant de 1 à 2 heures d’effort ; « Donc la préparation physique, les cycles d’entraînements, sont très proches au niveau de leur schéma dans ces deux sports. »

Maxime Gauduin souligne aussi que la CO demande une grande implication mentale, tandis que le trail nécessite une concentration sur le plan physique. Quant au point commun pour lui il se situerait au niveau de la motricité et du regard, avec la capacité d’évoluer sur tous types de terrains et d’anticiper.

Maxime Gauduin

Vu l’effort, les trois sont d’accord, la préparation est similaire à celle du trail court, avec des séances à plat, VMA, seuil et côtes, mais inclut également des séances spécifiques « carte en main » pour travailler la technique de course d’orientation.

Maxime Gauduin fait lui aussi le parallèle avec le format trail court et les performances des orienteurs. « C’est sans doute pour cela que les orienteurs performent particulièrement en trail court, tandis que l’ultra demande d’autres compétences et un entraînement différent, sur lequel on retrouve plutôt les profils de raideurs comme Sébastien Raichon par exemple. »

Pour Romain Discher « l’intensité en course d’orientation est très importante et d’autant plus énergivore qu’elle est accentuée par l’effort mental qui en est couplé. La lecture fine de la carte, l’utilisation de la boussole, les prises de décisions, etc. sollicitent énormément le cerveau qui demande des sucres pour pouvoir rester en pleine capacité de ces moyens et à côté de ça, il faut encore avoir suffisamment d’énergie pour faire tourner les jambes simultanément. »

Frédéric Tranchand

Pour Maxime Gauduin « La CO est un milieu encore plus soudé que le trail. Du fait de la complexité et de la technicité de la discipline, nous avons beaucoup de « codes » qui nous sont propres. Il y a aussi beaucoup d’échanges sur la manière dont on solutionne les problèmes posés par le traceur et la manière d’y répondre, ce qui fait qu’en CO on est plutôt dans une optique dans laquelle on veut donner le meilleur de soi-même et non de battre les autres. C’est celui ou celle qui solutionne le mieux les problèmes posés qui s’impose.« 

De son côté Romain nous raconte sa vision de la CO :  » j’ai vraiment vécu la CO comme un sport très familial, ouvert à tous et à tous âges. C’est un peu comme une grande famille où tout le monde se connaît et qui respecte vraiment le cadre et l’environnement dans lequel on pratique. On dit souvent qu’un endroit est même plus propre après le passage des orienteurs qu’il ne l’était avant car on tente de rester le plus discret possible« 

Frédéric complète : « Je pense que l’esprit CO est assez similaire au trail, en fait. Ceci dit, il y a une vraie communauté d’orienteurs, ça reste un sport assez confidentiel en France et on connait et support tout les pratiquants ou ancien pratiquant de cette discipline. C’est souvent un sport famille où tous les membres de la famille pratique à son niveau, dans sa catégorie. Les gens se déplacent en famille pendant les weekends et vacances pour participer à des courses… Les critères pour choisir les courses sont souvent la beauté des terrains, des cartes, en plus des événements de référence comme les courses nationales… Un peu comme le trail où l’on peut choisir les courses en fonction de la renommée et aussi de la beauté du parcours, du site… L’esprit CO (mais aussi trail, je pense) c’est de courir pour soi, on essaie de s’améliorer : on ne court pas vraiment «contre» les autres. Je crois qu’il y a un vrai respect. L’esprit CO, c’est aussi l’esprit critique et la remise en question permanente ; après chaque course ou entrainement, l’orienteur va toujours chercher à voir là où il a perdu du temps, comparer les itinéraires avec les autres coureurs, analyser ses erreurs… La CO est basée sur la confiance, su le fair-play : En effet, les zones de courses sont « gelée » plusieurs années en avance, en général, pour que la compétition soit équitable et qu’il n’y ait pas l’avantage du terrain. Et les gens respectent !« 

Romain Discher

Romain Discher attribue ce phénomène à l’effet de mode du trail, qui est très médiatisé et attire du monde, tandis que la CO reste confidentielle et manque de moyens. Maxime Gauduin explique que la CO n’est pas un sport très accessible en raison de sa complexité, « Lecture de carte, complexité des terrains, de la légende, etc. C’est une discipline beaucoup plus exigeante que le trail. Même si je souhaite à un maximum de monde de découvrir cette belle discipline, il faut s’accrocher quand on la débute, surtout si c’est sur le tard ! » et qu’il faut s’accrocher pour la pratiquer. Frédéric Tranchand ajoute que la technique en CO est particulièrement compliquée et demande beaucoup de temps de pratique avant d’être maîtrisée.

Frédéric Tranchand : « un orienteur qui s’est mis au trail !« 

Romain Discher : « Actuellement, j’ai envie de dire trail parce que je m’y investis à 200% depuis quelques mois et je récolte déjà les fruits de ce travail avec une toute première sélection en équipe de France ce qui me donne un coup de boost phénoménal. En plus de ça, j’ai décroché mon premier contrat avec une grande marque et j’espère que ça n’est que le début ! La course d’orientation restera toujours mon sport de cœur, de passion et celui qui m’a permis d’acquérir de la maturité pour une démarche vers le haut niveau. Donc je ne ferme pas les portes, peut-être que dans quelques années j’y reviendrai vraiment…« 

Maxime Gauduin : « Course d’orientation sans aucun doute ! C’est le sport le plus complet, le plus original et dans lequel je ne m’ennuierai jamais. Mais de part sa complexité, on ne peut pas le pratiquer tout le temps ni partout, et les formats sont généralement plutôt courts, donc quand on aime les efforts longs avec la gestion de l’effort c’est bien de sortir de la CO classique. Il existe des formats plus longs (raid, rogaining) mais il y a très peu d’épreuves de ce type organisées.« 

Une réponse à « Regard croisé sur le trail et la course d’orientation »

  1. […] d’orientation, et orienteur de talent, Fleury est habitué à chercher le chemin le plus direct qui soit. Cette […]

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