Chaque début d’année, nous guettons le moindre signal de fumée en provenance du Tennessee. Mais cette fois, Lazarus Lake a pris tout le monde de court. Oubliez le mois de mars et les premiers bourgeons : la Barkley 2026 a décidé de s’inviter pour la Saint-Valentin. Ce samedi 14 février, à 6h00 du matin, la célèbre clope de Laz’ a brillé dans l’obscurité, lançant 40 âmes courageuses dans l’enfer des ronces.
Une édition avancée, un défi démultiplié
On le sait, la Barkley ne ressemble à aucune autre course. Elle n’a pas de site web, pas de parcours fixe, et encore moins de date officielle. Mais en avançant le départ d’un mois, Lazarus Lake a ajouté une variable que même les plus préparés redoutent : l’hiver pur.
Si l’édition 2023 nous avait fait vibrer avec le sacre d’Aurélien Sanchez et que 2024 était entrée dans l’histoire avec l’exploit monumental de Jasmin Paris, l’année 2025 s’était terminée sur un silence brutal : aucun finisher. Ce « zéro pointé » semble avoir donné des idées au maître des lieux pour 2026. En février, Frozen Head n’est plus seulement une forêt de ronces ; c’est un frigo à ciel ouvert où le brouillard et le gel peuvent transformer une erreur d’orientation en véritable survie.

Le contingent français : Mathieu Blanchard dans les pas d’Aurélien ?
Le secret entoure toujours la « start-list », mais les rumeurs du camp de base confirment ce que beaucoup espéraient. Mathieu Blanchard, fort de sa victoire sur la Barkley Fall Classic l’an dernier, a décroché son précieux sésame. Le voilà face au « vrai » monstre.

Après l’épopée de Sébastien Raichon en 2024 et l’abandon douloureux d’Aurélien Sanchez en 2025, est-ce que les deux seront de retour ? Les premières photos les font apparaître. À leurs côtés, on murmure les noms des habitués : John Kelly, le métronome, ou encore Jared Campbell, l’homme aux quatre Barkley.
Ce qui nous attend dans les prochaines 60 heures
Le rituel a déjà commencé :
- La conque a sonné (une heure avant le départ).
- Le départ à la cigarette a eu lieu à 6h00 (heure locale).
- Le premier livre a probablement déjà été trouvé par les leaders.
- Le premier abandon a lui aussi probablement déjà eu lieu.
Comme je l’écrivais lors des épisodes précédents, la Barkley est une « glorieuse défaite » pour la majorité. Ici, on ne court pas pour une médaille, mais pour arracher une page de livre et prouver qu’on est encore en vie. Avec ce départ précoce, les barrières horaires de 12h par boucle vont paraître plus serrées que jamais sous le givre.
Alors que les 40 coureurs s’enfoncent dans la première boucle, nous restons à l’affût des tweets de Keith Dunn, seule fenêtre sur ce monde à part. Est-ce que 2026 verra un 21ème finisher, ou Frozen Head restera-t-il une fois de plus impénétrable ?
Mise à jour du 15 février / 17h
Boucle 1 & 2 : L’hécatombe
Le verdict de la première boucle a été d’une violence inouïe. Keith Dunn a rapidement confirmé le « massacre » : plus de 70% du peloton a été éliminé d’entrée. Le choc a été l’abandon précoce d’Aurélien Sanchez, le premier finisher français, qui n’aura pas réussi à dompter ce tracé 2026. À ses côtés, de nombreux favoris ont été raccompagnés au son du clairon. Après 23 heures de course, le camp de base ne comptait déjà plus que 7 survivants engagés sérieusement pour la suite.
Les Français aux commandes avec Raichon et Blanchard
Si la Barkley est un broyeur, deux Français semblent avoir trouvé le mode d’emploi pour ne pas finir en poussière.
- Sébastien Raichon : Le premier à revenir du deuxième tour en 22:35:40. Il semble voler au-dessus des ronces, porté par son expérience de l’orientation extrême.
- Mathieu Blanchard : Confirmation officielle de sa présence (il avait gardé le secret jusqu’au bout !). Il boucle le tour 2 juste derrière Sébastien en 22:37:42.
Ce duo mène la danse, talonné de près par le Britannique Damian Hall (22:37:44), qui a d’ailleurs entamé la troisième boucle… pieds nus, après avoir eu des problèmes de chaussures !
Où en sommes-nous ? (Point à 34h de course)
À l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes dans le « money time » de la Boucle 3 (la célèbre Fun Run).
| Coureur | Status | Note |
| Sébastien Raichon | En boucle 3 | Leader solide. |
| Mathieu Blanchard | En boucle 3 | Gestion parfaite pour une première. |
| Damian Hall | En boucle 3 | Le guerrier « barefoot » du Tennessee. |
| John Kelly | En boucle 3 | Le vétéran s’accroche, un peu plus loin. |
| Max King | En boucle 3 | Revenu in extremis de la boucle 2. |
Le brouillard s’est levé sur Frozen Head, et la fatigue commence à transformer les hallucinations en réalité. La barrière horaire pour valider la Fun Run (36h) approche à grands pas pour les derniers rescapés.
Comme dit Laz’ : « La Barkley mange ses enfants », et la quatrième boucle, qui se court de nuit et en sens inverse, est souvent le juge de paix.
On reste accrochés au compte de Keith Dunn. La suite au prochain coup de clairon.
Mise à jour du 16 février / 8h
Le Silence de la Barrière Jaune
Le clap de fin vient de retentir dans le Tennessee, et il est aussi sec que le bruit du clairon qui a résonné tout au long du week-end. Après de longues heures de suspense, de brouillard et d’hypothermie, le verdict est officiel : l’édition 2026 ne comptera aucun finisher. La Barkley a dévoré ses enfants, un par un, ne laissant à la France qu’une consolation héroïque : la Fun Run de Sébastien Raichon.
Le rêve français s’évapore dans la boucle 3
On y a cru. Samedi soir, alors que Mathieu Blanchard et Sébastien Raichon entamaient ensemble le troisième tour, l’espoir d’un exploit historique flottait sur le camp de base. Mais la Barkley en février est un monstre différent.
- Mathieu Blanchard : Pour sa première participation, Mathieu a touché du doigt la folie de Laz’. Malheureusement, le froid polaire et l’humidité ont eu raison de sa carcasse. Il a dû poser les armes au cours de la boucle 3, victime d’un début d’hypothermie qui rendait la navigation suicidaire. Un baptême du feu (ou plutôt de glace) qui appelle déjà une revanche.
- Damian Hall : Le Britannique, qui avait tenté l’aventure pieds nus pour traverser les ruisseaux, a lui aussi sombré dans cette troisième boucle maudite.
Sébastien Raichon : Seul contre les éléments
Le dernier homme debout fut Sébastien Raichon. Après sa victoire sur la Spine Race il y a quelques semaines, on savait l’homme insensible à la douleur. Il est le seul à avoir ramené les pages du troisième tour à la barrière jaune, validant ainsi une « Fun Run » en 38 h 05 min 46 s.
Merci d’avoir inventé cette course, merci de la faire vivre
Sébastien Raichon
C’est une performance monumentale dans ces conditions, mais le chronomètre est implacable : avec un tel temps pour trois boucles, repartir pour une quatrième et une cinquième était impossible. Sébastien a sagement rejoint la cohorte des éliminés.
Bilan : Frozen Head 1 – Humains 0
Lazarus Lake peut sourire dans sa barbe grise. En avançant la date au mois de février, il a redonné à sa course son statut d’invincible.
- 0 finisher (après une année 2024 record, le retour de bâton est brutal).
- 1 seule Fun Run validée (Sébastien Raichon).
- Une hécatombe de favoris : Aurélien Sanchez, John Kelly, Damian Hall, Max King… tous ont été rattrapés par le clairon.
L’édition 2026 restera dans les mémoires comme le « Massacre de la Saint-Valentin ». La Barkley ne se gagne pas, elle vous laisse simplement passer de temps en temps. Cette année, elle avait fermé la porte à double tour.





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