Souvent désigné comme “l’ultra-montagnard”, Paul Bonhomme mérite largement son surnom. Le guide de haute montagne, skieur de pentes raides et ultra traileur s’était lancé dans un projet de très longue distance, la Via Alpina, un sentier reliant la mer Adriatique à la mer Méditerranée, soit 2650 km et 150 000 D+.

Carnet de trail : Après une grosse préparation pour un gros projet, vous vous êtes blessé plutôt au début de l’aventure, comment gérez-vous cette interruption brutale de votre expédition ?
Paul Bonhomme : Je l’ai bien digéré dans le sens où c’était assez radical. C’est une blessure. C’est comme ça, ça fait mal, tu ne peux plus courir donc le projet s’arrête. Je ne pouvais vraiment pas continuer à courir, donc oui la radicalité, l’absence d’option a fait que c’est plus facile à accepter.
Et je pense que je n’ai eu aucun regret car j’ai aussi pu vivre, même si ce n’était que pendant 6 jours et non pas 28 comme je l’avais imaginé, ce flot continue d’effort et c’est entre autre ça que j’étais venu chercher. C’était vraiment intéressant et je me dis qu’il y a eu beaucoup plus de choses positives que de négatives. Le seul regret c’est que j’aurais bien aimé continuer car c’était vraiment magnifique. Des projets comme ça, ça permet de découvrir des endroits qu’on ne connaît pas encore et c’est vraiment un regret de ne pas en avoir découvert plus.
Carnet de trail : C’était une expédition d’envergure, 2650 km, plusieurs pays traversés, 28 jours de course, comment l’avez-vous préparée ?
Paul Bonhomme : C’est mon premier projet où j’ai dû monter une grosse organisation, enfin disons une moyenne, mais une organisation. Jusqu’alors je n’avais jamais eu besoin d’une organisation particulière car c’étaient des projets où j’étais livré à moi-même. Par exemple pour la Farandole des Écrins j’ai rien eu de particulier à prévoir, j’ai juste pris une semaine sur mon temps de travail. Là c’était plus impactant car c’était un mois sans activité donc il y avait un impact sur mon budget. Il y avait aussi les copains qui étaient sur le projet; je voulais pouvoir essayer de les rémunérer où au moins qu’ils aient suffisamment à boire et à manger évidemment donc ça représentait un budget. J’ai dû mettre de l’argent de côté et pour ça faire une grosse saison cet hiver ce qui a eu un impact sur mon entraînement et ça ajoute évidemment une pression morale car c’est de l’argent personnel investi sur un gros projet. J’ai bien entendu des partenaires qui me donnent un coup de main sur ce type de projets et je leur en suis très reconnaissant mais évidemment au vu du projet ce n’était pas suffisant.

Carnet de trail : D’ailleurs comment ça se passe quand un projet avec des partenaires engagés dessus ne peut pas être mené à bien ?
Paul Bonhomme : Pour ma part, j’ai une relation avec mes partenaires hyper soft. Ils me font confiance et ne me demandent rien en échange, il y en a aucun par exemple qui m’a demandé d’y retourner ni même demander les quelques images qu’on a pu tourner. Je pense qu’ils respectent aussi cette période de convalescence et qu’on se fera un point à la rentrée tous ensemble pour voir où on va et imaginer un peu la suite. Mais après ça dépend aussi de comment on fonctionne moi je ne suis pas trop sur les réseaux sociaux et les partenaires le savent très bien, je ne vais pas leur faire des posts tous les jours et de toute façon j’ai pas le profil du jeune athlète qui va donner une visibilité à leur marque. De mon côté je pense que je leur donne, ou j’essaie en tout cas, de leur donner de la crédibilité et je pense que ça leur convient bien enfin pour l’instant en tout cas. Je leur en suis vraiment reconnaissant et en fait j’hallucine un peu parfois de tout ce qu’ils font pour moi.
Carnet de trail : Et au-delà de l’organisation logistique, comment vous êtes-vous préparé, physiquement et mentalement ?
Paul Bonhomme : Au niveau physique je pense qu’on ne peut pas tout à fait savoir si on est prêt tant qu’on ne l’a pas fait. C’est impossible de savoir si on est prêt et capable d’encaisser des projets comme ça. Avec mon préparateur physique on a beaucoup travaillé sur le renforcement pour tenir la distance et sur l’économie de course, la façon de courir pour courir de manière économe. C’était un travail très intéressant car on sort de nos habitudes.
Sur le côté psychologique, ce qui est le plus compliqué à gérer, c’est de rentrer dans ce que j’étais en train de faire. A un moment donné il faut se dire qu’on est dans une bulle et oublier le reste. On va courir quand il faut courir, se reposer quand on peut se reposer et c’est tout. On est dans un cycle particulier, notre corps ne fera pas de nuit complète, il faut le programmer à courir sur commande. Ça s’apprend sur le tas, il n’y a pas de modèle. Je pense, par exemple, à Lucas Papi qui a trouvé son rythme de repos. Il s’est vachement entraîné pour réussir à se régénérer avec des micro-siestes de dix minutes. Moi j’arrive pas à faire ça, il me faut plutôt une heure et demie de temps en temps pour pouvoir repartir. Il faut trouver un rythme qui convient et se le tester. Mentalement, la problématique qu’on va avoir c’est de savoir oublier l’objectif au global mais aussi les étapes qu’on a pu se donner car très vite on sera en avance ou en retard et c’est normal.
Carnet de trail : Vous aviez invité des personnes à vous rencontrer ou vous rejoindre sur votre chemin, comment cela vous est venu à l’idée ?
Paul Bonhomme : L’idée d’inviter les gens à me rejoindre c’est surtout un prétexte pour inviter les gens dans la montagne, de venir sur les bords des sentiers et de partager une conversation ou quelques kilomètres. J’ai rencontré des personnes qui faisaient leur propre aventure qui m’attendaient et avec qui on a discuté pendant un quart d’heure et voilà c’était génial. En invitant les gens à nous rejoindre un s’impose une régularité particulière car il faut respecter les créneaux qu’on a prévu pour ces potentielles rencontres mais vraiment de pousser à découvrir d’autres endroits.
Crédit photo : Linka Production – Christophe Angot







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