Après 2017, revenons sur l’édition de l’année dernière. L’UTMB 2022 a été une édition remarquable à plusieurs titres et notamment avec deux coureurs en dessous des 20 heures, barre ô combien symbolique sur l’UTMB !

La course masculine a été rapidement, trop peut-être, présentée comme une confrontation entre deux des plus grands de l’ultrarunning masculin, Jim Walmsley et Kilian Jornet. Après une hésitation pour le départ de K.Jornet à la suite d’un test positif au COVID-19, la bataille aura lieu, mais pas forcément comme on l’attendait.

Du côté féminin, l’édition 2022 était plus ouverte que jamais en l’absence de championnes des précédentes années ou de favorites claires sur la ligne de départ. Dès la ligne de départ Katie Schide a cependant tué une bonne partie du suspens en attaquant de manière agressive ses adversaires.

Jornet et Schide ont emprunté des chemins similaires vers la victoire, tous deux commençant fort avant de s’estomper au milieu de la course, puis de monter en tête quand cela comptait vraiment. Et tous deux ont vu de gros défis de la part des deuxièmes, Matthieu Blanchard et Marianne Hogan.

Katie Schide, victorieuse à Chamonix / photo : Irunfar – Bryon Powell

Du côté masculin, Kilian Jornet prenait le départ pour une quatrième victoire avec la possibilité d’égaler François d’Haene, mais Jim Walmsley l’autre favori, ainsi que Tom Evans et Matthieu Blanchard, les outsiders, ont clairement mis en danger le sacre du catalan.

Malgré son COVID, Kilian décrit son début de course assez simplement : « je suis entré dans le sas de départ super détendu, parce que déjà j’étais là et ça allait. L’entraînement est fait, maintenant je verrai bien. J’ai le covid mais je ne peux rien y faire, alors continuons et voyons comment ça se passe.« 

Après un départ rapide, mené par le vainqueur 2019 Pau Campbell, un groupe de costaud se forme notamment avec Jim Walmsley, Tom Evans, Zach Miller et Kilian Jornet. Peu de discussion et une grosse concentration. Kilian décrit ce moment-là « J’étais devant parce que la descente est un peu plus technique. C’est plus facile à maîtriser quand t’es devant. Ensuite, j’étais juste à quelques secondes de Tom et Zach. Jusqu’à Courmayeur, Jim poussait très fort, alors je l’ai laissé passer devant. Peut-être qu’il m’a fallu environ une minute pour les rattraper à Courmayeur. Puis nous avons fait un long arrêt au ravitaillement. L’objectif c’était de manger beaucoup et de se détendre pour la suite. Dans la montée vers Bertone, j’ai poussé un peu. C’était une bonne journée, une de ces courses où on a l’impression de laisser passer les kilomètres.

Puis j’ai laissé Jim partir dans la descente vers Arnouvaz. Il attaquait, il poussait vraiment fort. J’ai été surpris, en me disant « ok, il reste encore 80k à faire », ça semblait un peu tôt pour ce type d’effort. Ou il est super fort et super confiant ou il va exploser plus tard. »

La réponse on l’a connait. Jim explose en effet et commence une nouvelle descente en enfer sur cette course maudite pour lui.
Kilian aussi connaît son passage à vide, avec même une idée d’abandon qui lui traverse la tête. Quand Matthieu Blanchard le rejoint il le dépasse avec même une certaine gêne lui déclarant : « Kilian, je suis vraiment désolé, que je te dépasse et que tu te sens si mal. » Mais Kilian va rester accroché à Matthieu, le dépassant dans les montées et se faisant dépasser dans les descentes. C’est décidé, ces deux-là vont collaborer pour aller chercher Jim, toujours devant à ce moment-là de la course.

Matthieu raconte la chasse à l’homme lancée par le duo Jornet-Blanchard :
« Alors Kilian m’a dit : « D’accord, aujourd’hui, je ne suis pas assez bon physiquement pour le contrer, c’est difficile aujourd’hui, je suis vraiment, vraiment mauvais aujourd’hui et bla bla bla » mais ce n’était pas Kilian le problème, c’est Jim qui a poussé très fort.
En bas de la montée de Champex, mon team manager est venu et comme on était avec Kilian, Kilian avait l’info aussi, il nous a dit : Bon, de La Fouly à maintenant c’est moins de 10k et vous avez pris cinq minutes sur Jim. C’est fou ! Cinq minutes sur moins de 10k sur Jim Walmsley ! »

Le duo rattrape le leader en montant à La Giète, la difficulté venant juste après le ravitaillement de Champex-Lac. Kilian raconte « Il semblait souffrir beaucoup, les jambes complètement à court d’énergie« 

L’office du duo étant achevé, la lune de miel Jornet-Blanchard aussi, la tête de la course reprend le duel pour la victoire à Chamonix. Kilian profite de sa force dans les montées tout en calculant ce que Matthieu lui reprendrait dans la descente. « J’ai un peu calculé et me suis dit : « Ok, j’ai besoin d’avoir quatre minutes dans la montée pour pouvoir le battre ». « Puis j’ai essayé de me détendre dans la dernière montée et descente de Trient à Vallorcine afin d’économiser de l’énergie. »

Zach Miller à la sortie d’un ravitaillement


C’est à la sortie du ravitaillement de Vallorcine, en direction de la fameuse Tête aux Vents que tout se joue. « J’étais bien, je savais que j’avais peut-être 45 minutes à une heure à pousser et puis c’est fait. L’attaque devait être ici.« 
Sa stratégie en tête, Kilian accélère jusqu’au Col de Montets, au pied de la dernière difficulté. Puis il continue son effort toute la montée jusqu’à la Tête aux Vents. « J’ai essayé d’attaquer fort et de faire un gros écart, parce que je savais que la descente allait faire très mal.« 
C’est chose faite. Il creuse l’écart mais pas à n’importe quel prix. Les muscles qui brûlent, le flou total sur les secondes ou les minutes d’avance…
« Dans la montée, au début, je ne savais pas à quelle distance il se trouvait. À La Flégère, je pense que l’avance était inférieure à huit minutes… mais ensuite, j’ai repris confiance. Sauf accident j’avais assez d’avance pour sécuriser la victoire. Mais le truc c’est que je ne savais pas comment mes muscles réagiraient. J’essayais de me détendre, de me dire que ça irait. J’avais vraiment besoin de me concentrer sur ma descente afin de limiter la casse mais quand même avec l’impératif de courir vite, je savais que Matthieu pouvait faire un gros effort sur ces derniers kilomètres !« 

De son côté Matthieu raconte ces derniers moments de course :
« Au ravitaillement, c’était très tendu, vraiment intense. Nous avons tous les deux fait un ravitaillement d’une minute et je pense qu’on sort du ravitaillement en sprintant. Il savait qu’il était meilleur que moi en montée et moi en descente, il a donc poussé jusqu’au sommet. Il m’a mis 10 minutes au sommet. Je lui ai pris cinq minutes dans la descente, mais ce n’était pas assez, et il est arrivé cinq minutes devant moi.« 

Le podium : de gauche à droite, Blanchard 2ème, Jornet 1er, Evans 3ème

Cet article est tiré en partie des interviews de Irunfar avec Kilian Jornet et Matthieu Blanchard

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